Analyse d'articles

Une évaluation de l’exactitude de l’étiquetage concernant le pourcentage d’hypochlorite de sodium concernant diverses sources commerciales et professionnelles.

Une évaluation de l’exactitude de l’étiquetage concernant le pourcentage d’hypochlorite de sodium concernant diverses sources commerciales et professionnelles.

917 750 SFE Endodontie

Une évaluation de l’exactitude de l’étiquetage concernant le pourcentage d'hypochlorite de sodium concernant diverses sources commerciales et professionnelles : Est ce que l'hypochlorite de sodium à partir de ces différentes sources est approprié de manière équivalente pour l'irrigation endodontique ?

Introduction

La durée de vie de l’hypochlorite de sodium (NaOCl) est limitée; un article précédent a montré qu’il peut y avoir un écart entre la concentration attendue de chlore libre disponible (free available chlorine : FAC) et la concentration réelle de chlore libre disponible dans les solutions de NaOCl destinées à l’irrigation endodontique. L’étude réalisée examine le contenu de chlore libre disponible dans des solutions d’hypochlorite de sodium domestiques et professionnelles et évalue l’influence de la dilution et de la conservation sur la concentration de chlore libre disponible.

Méthodologie

Premièrement, les solutions de NaOCl domestiques et professionnels non obtenues auprès des fabricants ont été iodométriquement titrées. Ensuite, les solutions d’hypochlorite de sodium ont été diluées avec de l’eau déminéralisée ou de l’eau courante, stockées à 4 ° C ou 18 ° C et analysées à 2 puis 22 semaines. Les analyses statistiques ont inclus des échantillons appariés, des tests t indépendants et une analyse de variance à mesure répétée. Les corrélations ont été calculées avec le coefficient de corrélation des rangs de Pearson ou Spearman. Un seuil observé (p) < 0,05 a été considéré comme significatif.

Résultats

L’étiquetage de l’hypochlorite domestique était très imprécis (< 5 % NaOCl). L’hypochlorite domestique contenait 1,8 % -3,5 % de NaOCl (poids /volume). Les solutions d’hypochlorite professionnelles variaient de 14,3 % en moins de chlore libre disponible par rapport à l’étiquette à 23,5% en plus de la concentration spécifiée. Après 22 semaines, la perte moyenne relative de chlore libre disponible dans toutes les conditions était de 5,4 % (p = 0,002). La dilution, les diluants, ou la température de stockage n’ont eu aucun effet sur le déclin de la concentration de chlore libre disponible causé par le vieillissement.

Conclusions

Il y a une grande variation des concentrations d’hypochlorite de sodium, avec l’hypochlorite domestique qui est la moins précise. La solution d’hypochlorite peut être stockée jusqu’à 5 mois. La concentration de chlore libre disponible des solutions domestiques est imprévisible, et, par conséquent, elles semblent moins appropriées pour une application clinique comme solution d’irrigation.

Commentaires

L’intérêt de cet article réside dans l’étude de cet élément indispensable à la réussite des traitements endodontiques qu’est l’hypochlorite de sodium. Cette solution d’irrigation reste le maître étalon par ses propriétés solvante et antibactérienne. L’efficacité de l’hypochlorite de sodium est directement corrélée à la concentration de chlore libre disponible. Plus cette concentration est élevée, plus la solution d’hypochlorite de sodium est efficace.

Trois axes principaux ont été investigués par les auteurs :

  1. La concentration de chlore libre disponible est-elle identique entre l’étiquette de l’emballage et un titrage (dosage) chimique de la solution ?

Cette comparaison a été effectuée pour 5 solutions commerciales (désinfectant grand public) et pour 5 solutions professionnelles (en rapport avec l’art dentaire). Les résultats indiquent qu’aucune solution ne possède exactement la concentration présentée sur l’étiquette. Cette différence est particulièrement significative pour les solutions commerciales où toutes les concentrations sont nettement inférieures aux 5% attendus. Cette différence est moins marquée pour les solutions professionnelles même si là encore aucun titrage ne présente une adéquation avec l’étiquetage. A l’inverse des solutions commerciales, certaines solutions professionnelles possèdent une concentration plus élevée que celle attendue.

  1. La dilution a-t-elle une influence sur la stabilité de concentration de la solution ? En d’autres termes, est-ce qu’une solution diluée conserve dans le temps sa concentration ou celle-ci s’amenuise-t-elle ?

Pour toutes les solutions testées pures et diluées, il existe une baisse de la concentration de chlore libre disponible dans le temps (moyenne de 5,4% ± 4,8 %). La période de temps choisie est de 22 semaines.

  1. Une conservation différente des solutions a-t-elle une influence sur la concentration ?

A court terme (2 semaines), la conservation à 4°C d’une solution diluée permet un maintien supérieur de la concentration (+0,06 %) par rapport à une conservation à 18 °C. Cette différence n’est cependant pas significative. Chaque solution a été conservée dans un conteneur en polypropylène similaire et à l’abri de la lumière.

D’après ces données, les auteurs préconisent d’utiliser préférentiellement les solutions professionnelles car elles ont présentées une faible variabilité de concentration par rapport aux solutions commerciales. Les solutions commerciales peuvent être utilisées mais elles ne présenteront pas une grande précision dans la concentration. Le praticien sera soumis à de grandes différences de concentration (et donc d’efficacité) surtout s’il y a en plus dilution.

Même si les résultats exprimés sont très succincts dans l’article (absence de graphique pour les items de recherche dilution et concentration), de nombreux points soulevés par les auteurs rendent ce travail particulièrement intéressant.
Tout d’abord, cette étude vient compléter une autre publication de l’auteur principal qui s’est intéressé à l’aide d’un questionnaire aux spécificités de l’hypochlorite de sodium (concentration, dilution et conservation) utilisée par 84 cabinets dentaires différents (van der Waal, S., Connert, T., Laheij, A. et al. Free available chlorine concentration in sodium hypochlorite solutions obtained from dental practices and intended for endodontic irrigation: are the expectations true?. Quintessence Int. 2014; 45: 467–474).
Les différentes solutions ont été récupérées et analysées pour comparer la concentration effective de chlore libre disponible et la concentration attendue par le praticien. Dans 27% des cas, les solutions étaient moins concentrées que l’attente du praticien et particulièrement pour les solutions diluées.
Dans l’article analysé, les auteurs ont donc complété ces premières données pour savoir si le maillon qui fait varier cette concentration est le praticien ou s’il y a déjà une variation de concentration lors de l’achat des solutions domestiques ou professionnelles. Le résultat est particulièrement déroutant : très peu de solutions domestiques ou professionnelles ont une adéquation de la concentration entre l’étiquetage et le réel titrage. En d’autres termes, le praticien ne peut pas savoir précisément quelle est la concentration objective de chlore libre disponible lors de l’irrigation endodontique.
Une des explications avancée par les auteurs pour ces variations est le fait de la durée entre le moment de la production et le moment de sa consommation. Piskin et al. (1995) ont démontré qu’après 43 jours, la stabilité des solutions domestiques n’était plus assurée. Donc si le praticien achète une solution stockée en grande surface plus de 43 jours, le taux de chlore libre disponible n’est plus du tout celui attendu.

Les auteurs limitent cette constatation par le fait que dès 1% de chlore libre disponible, il existe une action solvante et antibactérienne. Ce 1% minimum est retrouvé dans toutes les solutions testées. Cependant cette concentration de 1% souhaitée est très liée aux techniques de mise en forme en plusieurs séances avec médication intra-canalaire. Si le praticien préfère un traitement en une visite, la concentration de l’hypochlorite se doit d’être majorée entre 2,5% à 5 voire 6%. D’après les résultats de titrage, il est très rare de se rapprocher de ces concentrations donc les solutions d’irrigation utilisées ont une efficacité moindre que celle attendue.

Remarquons que cette étude a été réalisée aux Pays-bas, il est donc difficile d’extrapoler cette étude car les solutions testées ne sont pas disponibles en France. Seul le Parcan® (Septodont, Saint-Maur-des-Fossés, France) est disponible avec une concentration testée proche de sa valeur présentée (aux alentours de 3%). Les solutions domestiques sont propres au marché néerlandais et présentent un étiquetage à 5%. Le marché français présente quant-à lui des solutions domestiques à 2,6%. Vu les variations qu’il existe sur des solutions à 5%, il est possible de suspecter de fortes variations sur des solutions de 2,6% avec des concentrations proches de la limite d’efficacité minimum de 1%.
Cette étude permet une remise en cause des pratiques pour le praticien qui se doit d’analyser la qualité de la solution d’irrigation employée. L’hypochlorite de sodium reste l’élément incontournable de la réussite de nos traitements. Sa concentration doit donc être connue précisément pour s’assurer de la meilleure efficacité. Il pourrait être intéressant de développer un testeur de concentration qui permettrait de connaître précisément le taux de chlore libre disponible dans les solutions employées. Toute concentration retrouvée en-dessous du seuil attendue par le praticien permettrait d’éliminer la solution par une nouvelle plus fraîche en chlore libre disponible.
Dans l’attente de tel dispositif, il est fortement conseillé de choisir des solutions professionnelles ou de passer par des solutions titrées par des préparateurs en pharmacie afin d’obtenir le maximum d’efficacité de nos solutions d’irrigation.

 

 

 

An evaluation of the accuracy of labeling of percent sodium hypochlorite on various commercial and professional sources: is sodium hypochlorite from these sources equally suitable for endodontic irrigation?
Van der Waal SV, van Dusseldorp NE, de Soet JJ.
J Endod. 2014 Dec; 40(12):2049-52.

 

Résumé et analyse : Dr. Grégory CARON (Paris), Dr. Lieven ROBBERECHT (Lille), Pr. Etienne DEVEAUX (Lille), Dr. Thibault BECAVIN (Lille), – 18/12/2014

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