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Effet du sexe de l’opérateur et du patient sur la douleur d’injection : une étude randomisée en double aveugle.

Effet du sexe de l’opérateur et du patient sur la douleur d’injection : une étude randomisée en double aveugle.

917 750 SFE Endodontie

Effet du sexe de l’opérateur et du patient sur la douleur d’injection : une étude randomisée en double aveugle.

Introduction

Des études ont montré que les femmes tentent d’éviter la douleur plus que les hommes, l’acceptent moins, et la craignent davantage. L’influence du sexe de l’opérateur sur la douleur ressentie par le patient selon son sexe dans un contexte clinique nécessite plus de données. Le but de cette enquête randomisée, en double aveugle était d’évaluer l’influence du sexe de l’opérateur sur la douleur rapportée par le patient selon son sexe dans les cas d’infiltrations antérieures maxillaires.

Méthodologie

Deux cents sujets (100 hommes et 100 femmes) ont participé. Au rendez-vous initial, chaque sujet a reçu au hasard une infiltration vestibulaire haute sur une incisive latérale par un des 20 opérateurs calibrés (homme ou femme). L’anesthésique utilisé est une cartouche de lidocaïne 2% avec 1:100 000 d’épinéphrine [adrénaline]. Au deuxième rendez-vous (espacé d’au moins 2 semaines), chaque sujet a reçu une infiltration du même anesthésique au même endroit par un opérateur du sexe opposé à celui du premier rendez-vous. Immédiatement après chaque infiltration, les sujets ont évalué la douleur de l’injection suivant 3 phases (insertion de l’aiguille, placement de l’aiguille, instillation de la solution) en utilisant une échelle visuelle analogique de 170 mm. L’anxiété dentaire a été déterminée pour chaque sujet en utilisant l’échelle d’anxiété Corah Dental (Corah Dental Anxiety Scale).

Résultats

Aucune différence significative n’a été décelée entre les participants masculins et féminins sur l’échelle d’anxiété Corah Dental. Pour toutes les quatre combinaisons opérateur-genre, aucune différence significative n’a été observée dans la douleur signalée pour l’insertion de l’aiguille ou de son placement. Une différence significative (p = 0,0357) a été trouvé au cours de la phase de l’instillation de la solution chez les sujets de sexe féminin recevant des injections d’opérateurs de sexe masculin.

Conclusions

La différence de sexe a montré un effet statistiquement significatif pour la douleur lors de l’instillation de la solution lorsqu’un opérateur mâle a administré l’injection à des sujets féminins.

Commentaires

L’intérêt de cet article réside principalement dans le protocole appliqué qui s’avère être le plus strict pour une étude clinique : l’étude randomisée en double aveugle.
Ce type d’étude est suffisamment rare en endodontie pour être souligné. Il est aussi à noter que la plupart des études concernant l’anesthésie (type d’injection, molécules utilisées..) présentent majoritairement un matériel et méthode très standardisé et à haut niveau de preuve. Concernant l’article présenté, les patients et les praticiens ne connaissent pas le but final de la recherche. De plus chaque combinaison patient-praticien, homme-femme est tiré au sort de manière randomisée. Les données issues de ce type d’étude sont donc particulièrement probantes.

Les auteurs se sont ici intéressés à l’influence du sexe du praticien (homme ou femme) sur le ressenti douloureux du patient ou de la patiente. Le protocole expérimental consiste à réaliser sur 100 hommes et sur 100 femmes une anesthésie para-apicale d’une incisive latérale sans aucun but de soin ultérieur. Chaque phase de l’anesthésie est verbalement présentée au patient permettant de diviser le test en 3 phases : insertion de l’aiguille, placement de l’aiguille, instillation de la solution.

Après l’anesthésie, le patient ou la patiente utilise une échelle visuelle graduée de 0 à 170 et divisée en 4 parties :

  • 1 : absence de douleur : 0mm
  • 2 : douleur légère >0mm et <54 mm
  • 3 : douleur modérée >54 mm et <114mm
  • 4 : douleur sévère >114 mm

L’anxiété des patients avant l’anesthésie a été aussi étudiée à l’aide d’une échelle d’anxiété spécifique et il a aussi été demandé aux patients d’évaluer leur résistance personnelle à la douleur.
Les différents praticiens homme (10) et femme (10) ont été entraînés pour prodiguer une anesthésie similaire (injection lente en 1 minute) et réaliser cette anesthésie selon le même protocole clinique. Le discours et la mise en place du patient sont aussi similaires afin de limiter au maximum les biais inter-opérateurs.
Les résultats montrent tout d’abord que l’anxiété des patients sélectionnés est faible et ne montrent pas de différence statistiquement significative selon le sexe. Les patients de sexe féminin ont indiqué une plus faible tolérance personnelle à la douleur que les patients masculins.

Les données principales sont exprimées sous forme de combinaison :

  • praticien homme/patient femme
  • praticien homme/patient homme
  • praticien femme/patient femme
  • praticien femme/patient homme

Les valeurs de douleur exprimées ne montrent aucune différence significative pour toutes les combinaisons pendant les phases d’insertion de l’aiguille et de placement de l’aiguille.
Une différence significative est retrouvée pour la combinaison praticien homme/ patient femme lors de l’instillation de la solution d’anesthésique. En d’autre terme, l’instillation de la solution d’anesthésique a été la plus douloureuse lorsque les praticiens hommes ont anesthésié les patients femmes.

Ces données viennent conforter plusieurs études qui indiquent une tolérance plus faible à la douleur des patients de sexe féminin. Les douleurs post-opératoires endodontiques sont aussi retrouvées plus fréquemment chez les femmes (Polycarpou N, Ng YL, Canavan D, et al. Prevalence of persistent pain after endodontic treatment and factors affecting its occurrence in cases with complete radiographic healing. Int Endod J 2005; 38:169–78).
Cependant les répercussions cliniques de cette étude sont faibles surtout s’il on est un praticien masculin qui devra de toute façon anesthésier ses patients masculin et féminin. De plus, il est à noter que les opérateurs de cette étude viennent seulement pour l’anesthésie sans connaissance préalable du patient. Ce schéma peut être fréquemment retrouvé dans des cabinets privés américains ou une personne est en charge des anesthésies du cabinet. Dans ce cas, mieux vaut engagé une praticienne féminine qui d’après les résultats limitera la douleur provoquée tant pour les patients masculin que féminin.
Il est évident qu’une relation de confiance établie sur une première consultation ou une suite de rendez-vous permet de limiter l’appréhension de l’anesthésie car le patient (ou la patiente) est habitué à la gestuelle de son praticien et un discours explicatif a pu être préalablement délivré.
Il semble plus intéressant dans cet article de souligner quelques points essentiels extrapolables à une pratique francophone. Tout d’abord, l’anesthésie n’est pas un acte anodin et entraîne une anxiété et une douleur particulièrement accrue au moment de l’instillation de la solution. Le décollement des tissus par la solution entraîne une sensation douloureuse. Une injection lente et continue (1ml/min) est donc le seul garant de limiter  la douleur ressentie par le patient. Afin d’améliorer cette étape il existe des réchauffeurs à carpule anesthésique pour diminuer la différence thermique entre les tissus buccaux et la solution injectée. Une autre aide certainement plus intéressante est la délivrance électronique d’anesthésique. Ces dispositifs permettent d’obtenir un débit idéal quelque soit les circonstances cliniques.
La réussite du traitement endodontique repose sur une succession d’étapes cliniques où l’anesthésie prend une place essentielle. Il est donc nécessaire de réévaluer sa technique face à des échecs multiples et/ou des manifestations douloureuses lors de sa réalisation.

 

 

Effect of Operator and Subject Gender on Injection Pain: A Randomized Double-blind Study
Perry S, Drum M, Reader A, Nusstein J, Beck M.
J Endod. 2015 Feb; 41(2):141-5.

Résumé et analyse : Dr. Grégory CARON (Paris), Dr. Lieven ROBBERECHT (Lille), Pr. Etienne DEVEAUX (Lille), Dr. Thibault BECAVIN (Lille), – 02/02/201520

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