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Efficacité de l’acide peracétique dans la désinfection rapide de cônes de gutta-percha et Resilon comparée à l’hypochlorite de sodium, la chlorhexidine et la povidone iodée.

Efficacité de l’acide peracétique dans la désinfection rapide de cônes de gutta-percha et Resilon comparée à l’hypochlorite de sodium, la chlorhexidine et la povidone iodée.

917 750 SFE Endodontie

Efficacité de l’acide peracétique dans la désinfection rapide de cônes de gutta-percha et Resilon comparée à l’hypochlorite de sodium, la chlorhexidine et la povidone iodée.

Objectif

Le but de cette étude est de comparer l’efficacité de différentes solutions antiseptiques d’irrigation utilisées pour la désinfection rapide de cônes de gutta-percha ou de Resilon. La diminution de la charge bactérienne d’Enterococcus faecalis et de Bacillus subtilis est étudiée avec diverses solutions : hypochlorite de sodium à 3%, chlorhexidine à 2%, acide peracétique à 1% et povidone-iodée à 10%.

Méthodologie

Cent vingt-huit cônes Resilon et 128 cônes de gutta-percha ont été contaminés par immersion pendant 5 min dans un bouillon de culture soit de E. faecalis, soit de B. subtilis. Les cônes ont ensuite été désinfectés durant 1 ou 5 minutes par immersion dans une solution : NaOCl 3%, chlorhexidine 2%, acide peracétique 1% ou povidone iodée 10% (n=64/groupe). Puis les cônes ont été rincés par immersion dans de l’eau stérile durant 5 min. Les cônes ont ensuite été mis à incuber à 37°C dans 10 mL de bouillon de Mueller Hinton durant 7 jours. Un groupe de contrôle postif était réalisé par immersion de cônes dans les bouillons de culture, puis directement dans de l’eau stérile. Un groupe de contrôle négatif était réalisé par immersion directe dans chaque solution de désinfection durant 1 min. Pour mesurer la croissance bactérienne, la turbidité des tubes a été évaluée visuellement quotidiennement. A 3 jours et à 7 jours, un prélèvement était réalisé pour chaque groupe (un tube pris au hasard), étalé sur gélose et incubé à 37°C ; en cas de croissance sur la gélose, les bactéries étaient identifiées par anayse de la morphologie (cocci ou bâtonnet) et coloration de gram. Les résultats étaient soumis à l’analyse statistique par le test du Chi-deux de Pearson (p<0,05).

Résultats

La désinfection des cônes de gutta-percha était meilleure à 1 et 5 minutes avec la solution d’acide peracétique à 1%, suivie par la solution de chlorhexidine à 2% et celle d’hypochlorite de sodium à 3%. La désinfection par la solution de povidone-iodée à 10% était la plus faible (p<0.05) pour tous les groupes, même si la désinfection était meilleure à 5 minutes qu’à 1 minute pour la gutta-percha. Tous les échantillons du contrôle positif montraient une croissance bactérienne. Aucune croissance bactérienne n’était détectée pour les échantillons du contrôle négatif.

Conclusion

Les solutions d’acide peracétique à 1% et de chlorhexidine à 2% sont efficaces pour la désinfection rapide des cônes de gutta-percha et Resilon.

Commentaires

Les pathologies endodontiques ayant une étiologie bactérienne, le succès des traitements primaires et secondaires repose principalement sur la qualité de la désinfection intracanalaire et de l’étanchéité de l’interface dent-restauration finale. Les matériaux d’obturation canalaire ne peuvent pas être stérilisés en raison de leur caractère thermoplastique. De plus, de nombreuses études de la littérature ont montré qu’ils sont rapidement contaminés, une fois sortis de leur emballage. La charge microbienne à la surface de ces matériaux doit donc être diminuée par une désinfection rapide par immersion.

Cette étude est particulièrement intéressante car il n’existe pas à ce jour de travaux qui analysent l’efficacité de la solution d’acide peracétique pour la désinfection rapide de cônes de gutta-percha. Cette molécule en solution est utilisée pour la désinfection de dispositifs médicaux hospitaliers et de résines acryliques à usage dentaire. Dans cette étude, l’efficacité de la solution d’acide peracétique est comparée aux solutions antiseptiques communément utilisées en endodontie, non seulement sur la gutta-percha, mais également sur des tuteurs Resilon. La méthode d’obturation avec les cônes de Resilon, malgré de nombreuses études publiées, n’est quasiment pas utilisée en France. Les résultats de l’étude de Subha et coll. nous intéressent donc pour les cônes de gutta-percha utilisés dans de nombreuses méthodes d’obturation : latérale à froid, verticale à chaud, thermocompaction, tuteurs.

Un point du protocole peut être critiqué : dans cette étude, la croissance bactérienne est analysée par simple examen visuel de la turbidité des tubes contenant un milieu nutritif  de croissance bactérienne. Des appareils de mesure de la densité optique auraient pu être utilisés d’une part. D’autre part, la turbidité peut ne pas être due à la croissance d’E. faecalis ou de B. subtilis, mais à celle d’un contaminant pendant les manipulations de laboratoire. C’est pourquoi les auteurs ont fait des prélèvements à 3 jours et à 5 jours pour vérifier la morphologie et la coloration de gram des bactéries ayant cultivées sur les géloses des boîtes de Petri (E. faecalis a une forme de cocci et un gram+, B. subtilis a une forme de bâtonnet et un gram+). Mais ils n’ont fait des prélèvements que dans un seul tube de chaque groupe. Il se pourrait donc que certains positifs soient des faux positifs.

Les résultats de cette étude montrent que, pour la désinfection des cônes de gutta- percha, les solutions d’acide peracétique, de chlorhexidine et d’hypochlorite de sodium sont très efficaces en 1 min (plus efficaces sur E. faecalis que sur B. subtilis). Ils montrent aussi que la solution d’hypochlorite de sodium est moins efficace en 1 min sur B. subtilis que la solution  de chlorhexidine. Enfin, ils  montrent que la solution de povidone iodée n’est pas efficace en 1 min et est peu efficace en 5 min. Ces résultats sont en accord avec ceux de la majorité des autres auteurs.

Il faut rappeler que l’interrogatoire médical préopératoire doit toujours comprendre la question d’une éventuelle allergie à l’iode.

  1. faecalis est impliqué dans des échecs de traitements endodontiques. B. subtilis est utilisé pour mesurer la capacité de stérilisation de fours chauds. Les auteurs ont choisi ces agents pathogènes, car, si un agent physique ou chimique peut les détruire, il pourra détruire n’importe quel autre microorganisme dans les mêmes conditions.

Il est dommage que les tests n’aient pas été réalisés dans une solution d’hypochlorite de sodium à 5%. En effet, cela aurait permis de confirmer l’efficacité de cette concentration, comme cela a été déjà reconnu dans d’autres études. Cela irait dans le sens d’une simplification de la gestion des produits chimiques au cabinet dentaire : un seul produit, l’hypochlorite de sodium pourrait ainsi être utilisé, en solution à 2,5% en irrigation endodontique et en solution à 5% pour la désinfection des cônes de gutta-percha. Et la majorité des dentistes utilisent l’hypochlorite de sodium pour les irrigations en endodontie (recommandations HAS). Cela éviterait l’acquisition, le stockage et la dilution d’un autre produit, l’acide peracétique.

D’autres études seront nécessaires pour évaluer les modifications physico-chimiques de ces solutions désinfectantes sur les matériaux d’obturation.

Les fabricants devraient pouvoir fournir des cônes de gutta-percha stériles en emballages par 5 unités comme les pointes de papier. Mais, malgré tout, cela n’évitera pas les risques de contaminations pendant les manipulations des cônes de gutta-percha.

Quelques rappels :

  • Désinfection : destruction momentanée des microbes présents sur un matériel ou sur une surface, par des procédés d’ordre physique (chaleur sèche, chaleur humide, rayonnements ionisants) ou chimique (eau de Javel, formaldéhyde). Cela concerne donc les
  • Antisepsie : ensemble des procédés employés pour éliminer les risques d’infection microbienne de surface (peau, muqueuse) par des procédés d’ordre chimique (solution de Dakin – qui est une solution d’hypochlorite de sodium à 0,5%-, dérivés de l’ammonium quaternaire, teinture d’iode, alcool, etc…). Cela concerne donc le
  • Décontamination : action visant à éliminer une dispersion involontaire de matières radioactives. Cela ne concerne donc pas le
  • Stérilisation : méthode permettant de détruire divers micro-organismes (bactéries, virus, champignons, parasites) présents sur un support matériel, par des procédés physiques (chaleur humide, rayons ultra-violet, rayons gamma, rayons d’électrons accélérés) ou chimiques (application d’un produit chimique liquide ou gazeux).
  • La « teinture d’iode » est le nom impropre de la solution alcoolique (éthanol) officinale de la povidone-iodée. Une application connue est la Bétadine® : à 10% jaune pour la peau et les plaies superficielles ou à 10% bleue pour les muqueuses vaginales  ou  à  10%  verte  pour  les  bains  de  bouche,  à 5% orange pour la peau saine (contient de l’alcool), à 4% rouge pour le lavage des mains.
  • Les solutions de chlorhexidine pour les bains de bouche (type Eludril® ou Hextril® ou autres) ne contiennent que au maximum 0,2% de chlorhexidine. Cela est donc insuffisant puisque 10 fois moins concentrées que les solutions à 2% nécessaires pour l’endodontie.
  • A partir d’une solution-mère d’hypochlorite de sodium à 7% de chlore actif (Extrait pour liqueur de Labarraque Cooper), 300mL de solution d’hypochlorite de sodium à 2,33% (usage médical) sont obtenus en mélangeant 100mL de solution-mère à 200 mL d’eau purifiée (en pharmacie).

 

 

 

Efficacy of Peracetic Acid in Rapid Disinfection of Resilon and Gutta-percha Cones Compared with Sodium Hypochlorite, Chlorhexidine, and Povidone-iodine
Subha, V. Prabhakar, M. Koshy, K. Abinaya, M. Prabu, L. Thangavelu.
Département de Dentisterie Conservatrice et d’Endodontie, Sri Ramakrishna Dental College and Hospital, Peelamedu, Coimbatore, Tamil Nadu, Inde
Journal of Endodontics 2013; 39:1261-4

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