Analyse d'articles

Effet des techniques de préparation canalaire sur la formation de défauts (cracks) dans la dentine radiculaire.

Effet des techniques de préparation canalaire sur la formation de défauts (cracks) dans la dentine radiculaire.

150 150 SFE Endodontie

Effet des techniques de préparation canalaire sur la formation de défauts (cracks) dans la dentine radiculaire.

Effect of root canal preparation techniques on crack formation in root dentin.

Shantiaee Y, Dianat O, Mosayebi G, Namdari M, Tordik P

Journal of Endodontics, DOI:10.1016/j.joen.2018.12.018.

 

Introduction:

L’objectif de cette étude est de déterminer la fréquence de défauts dentinaires radiculaires (cracks) provoqués par l’instrumentation manuelle, 2 systèmes en rotation continue et 1 système en réciprocité par transillumination à l’aide d’une diode électroluminescente.

Méthode:

150 prémolaires mandibulaires ont été divisées en 5 groupes (n=30) : contrôle 1, pas d’intervention ; contrôle 2, instrumentation manuelle ; groupe 3, instrumentation en rotation continue par ProTaper Universal (Densply) ; groupe 4, instrumentation en rotation continue par OneShape (MicroMega) ; et groupe 5, instrumentation en réciprocité par WaveOne (Densply). Après les préparations canalaires, les racines ont été découpées sous irrigation à 3, 6 et 9 mm des apex. Les sections ont été observées par microscopie optique (×40) avec transillumination par diode électroluminescente dans les directions vestibulaire, linguale, mésiale et distale, afin de déterminer la présence/absence de cracks. Le test du chi-2 a été utilisé pour analyser les données.

Résultats:

Une différence significative de la fréquence de cracks a été observée entre les groupes (p<0,05). Les 2 mono-instruments ont montré plus de cracks que les autres groupes. A 3 mm de l’apex, il y avait plus de cracks dans les groupes 4 et 5 que dans les groupes 1, 2 et 3 (p<0,05). Aucune différence n’a été observée à 6 mm de l’apex (p>0,05). La fréquence de cracks était plus importante dans le groupe 3 à 9 mm de l’apex (p<0,05).

Conclusions:

L’utilisation d’instruments rotatifs peut générer des cracks dentinaires, et les mono-instruments, quelle que soit leur dynamique, peuvent provoquer plus de cracks dans le tiers apical des canaux.

Commentaires :

L’élargissement du canal radiculaire en endodontie (mise en forme) est indispensable pour permettre son nettoyage chémo-mécanique et une obturation contrôlée. Cependant, il est actuellement reconnu que cette étape nécessite une instrumentation qui peut être à l’origine de défauts microscopiques dans la dentine (cracks) directement liés au stress entre l’instrument et les parois du canal. Plusieurs auteurs ont investigué cette question et ont montré que de nombreux cracks se forment après la mise en forme (Shemesh et al. Int Endod J, 2009). Ces défauts ne constituent pas un problème en soit, mais ils risquent de s’agrandir au fil du temps lorsqu’ils sont soumis directement ou indirectement aux contraintes masticatoires pour créer des fêlures. Ces fêlures peuvent à leur tour se propager pour aboutir à la formation de fractures verticales complètes nécessitant l’extraction de la dent.

 

Les mono-instruments (un seul instrument de mise en forme) se sont largement développés ces dernières années. Ils peuvent fonctionner soit en rotation continue soit en réciprocité. Ils permettent de gagner du temps, de réduire le risque de perforation, de transport externe et interne, de butée et favorisent le centrage de l’instrument dans le canal. Cependant, les contraintes entre l’instrument et les parois sont plus marquées avec ce type de système qu’avec un système séquentiel, ce qui provoque un stress dentinaire important et augmente le risque de défauts.

 

Ce travail se différencie d’autres études du même type car il compare l’effet sur l’apparition de cracks dentinaires d’instruments manuels, mécanisés, des mono-instruments, instruments séquentiels fonctionnant en rotation continue et en réciprocité.

 

Les auteurs ont sélectionné 150 dents saines sans particularité radiculaire dont la longueur a été standardisée et qui ont été réparties en 5 groupes selon le système de mise en forme utilisé (n=30/groupe) :

Groupe 1 : pas d’instrumentation

Groupe 2 : instrumentation manuelle

Groupe 3 : rotation continue, séquentielle (Protaper, Densply)

Groupe 4 : rotation continue mono-instrumentale (OneShape, MicroMega)

Groupe 5 : réciprocité mono-instrumentale (WaveOne, Densply)

 

Des dents ont été montées sur un modèle en polyvinyl siloxane pour simuler la présence d’un ligament parodontal. La mise en forme a été effectuée selon les recommandations des fabricants et une irrigation copieuse (5 ml d’hypochlorite de sodium à 5,25%) a été effectuée entre chaque passage instrumental. Les racines ont ensuite été coupées à 3, 6 et 9 mm puis observées à l’aide d’un microscope optique (×40) par transillumination sur chaque face. Le nombre de cracks a alors été comptabilisé par un observateur calibré.

Les auteurs justifient leur choix vers une méthode destructrice d’analyse (découpe) et en 2 dimensions par le fait qu’une étude par microtomographie (imagerie 3D, non destructrice) provoque un échauffement qui peut favoriser l’apparition de cracks et que sa précision est discutable pour la recherche de défauts microscopiques dans la masse de dentine.

 

Plusieurs problèmes ont été anticipés dans le protocole expérimental décrit ici : le risque d’apparition de cracks liés à la découpe des dents a été réduit en utilisant une scie à vitesse lente sous irrigation, l’observateur a été calibré en amont, un contrôle du calibrage a permis d’attester son efficacité à 1 semaine et la méthodologie utilisée a déjà fait ses preuves ultérieurement. Un contrôle négatif montre par ailleurs que les cracks sont bien liés à l’instrumentation des canaux, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres travaux.

 

Certaines limites doivent cependant être prises en compte. La courbure exacte des dents n’est pas mentionnée (<25°) alors que l’on sait qu’un instrument dans un canal courbe a un appui plus marqué et provoque par conséquent un stress plus important dans la dentine que dans un canal droit. De plus, les instruments étudiés ont des profils et des sections différents, ce qui rend difficile la formulation d’hypothèses pour incriminer directement la dynamique instrumentale comme c’est très souvent le cas dans ce type d’étude. Les instruments étudiés sont relativement anciens et leurs limites ont depuis été palliées par les fabricants en appliquant des traitements thermiques qui modifient leurs propriétés (ProTaper Gold, WaveOne Gold et OneCurve). En effet, ces traitements provoquent souvent l’apparition de plus de martensite, donc des alliages plus mous et plus de propriétés de mémoire de forme. On peut donc s’attendre à voir moins de cracks avec ces nouveaux alliages qu’il serait intéressant d’étudier.

 

Les résultats de cette étude montrent sans surprise que les mono-instruments provoquent plus de cracks à 3 mm du foramen. Ce résultat est en accord avec la littérature et s’explique par un stress plus important des mono-instruments au contact des parois apicales où un seul instrument prend en charge les contraintes de toute une séquence. Aucune différence n’a été observée entre les groupes à 6 mm du foramen. A 9 mm du foramen, le système ProTaper a provoqué plus de cracks que les autres. Les auteurs expliquent ce résultat par la conicité variable qui caractérise le ProTaper.

 

En conclusion, tous les systèmes mécanisés provoquent des cracks en raison des contraintes appliquées sur les parois du canal, et ceci se produit quelle que soit la dynamique instrumentale utilisée (rotation continue/réciprocité). Il faut donc réduire le risque qu’ils apparaissent et se propagent en mettant en œuvre des règles de bonne pratique et de bon sens : la mise en forme doit être progressive dans un canal humide bien irrigué. La progression corono-apicale doit toujours se faire en plusieurs vagues, surtout si l’on utilise un mono-instrument. Un pré-élargissement avec un instrument NiTi de faible diamètre/conicité peut s’avérer judicieux (de type Proglider ou OneG) avant la mise en forme si l’anatomie canalaire est complexe (courbures, minéralisations). Ceci permet de sécuriser le passage de l’instrument suivant.

Laisser une réponse